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| Edward Hopper - Autoportrait |
J'ai réalisé l'exploit samedi matin ! Affronter le froid et le monde pour voir cette fameuse exposition.
Résultat : des pieds congelés.
Edward Hopper, à qui le Grand Palais
consacre une immense rétrospective jusqu’en janvier 2013, n’a eu de
cesse de rendre compte de son Amérique, des années 1930 jusqu’en 1967,
année de sa mort.
Mais son travail, aussi réaliste soit-il (on dirait des photographies),
ne consistait pas en une reproduction fidèle de l’American Way of Life,
mais plutôt en une vision subjective de ses clichés (station-service,
diner, banlieue pavillonnaire…), que le cinéma s’est fait un plaisir de
graver dans nos mémoires dès les années 1950, de son urbanisme tendant à
l’individualisme, bref du versant du rêve américain. De nombreux
cinéastes ont rendu hommage à l’artiste, autant dans la représentation
de cette Amérique idéalisée en surface mais profondément rongée par la
solitude et l’incommunicabilité.
L’un des cinéastes à avoir perçu très tôt
la pertinence des scènes de vie brossées par Hopper est un anglais du
nom d’Alfred Hitchcock. Il s’en inspire pour "Psychose" (le tableau "House by the railroad" pour figurer la maison de Norman Bates) et surtout "Fenêtre sur cour" (1954).
Ainsi, 600.000 personnes ont foulé les deux niveaux de cette très belle exposition. Un chiffre insensé, qui oblige même les organisateurs d’ouvrir désormais les portes de
cette basilique culturelle de 9 heures à 23 heures.
Pour ceux qui feuillette les gazettes ou qui parcourt les rues ne
peuvent y échapper : c'est l’exposition du moment, celle qu’il
faut avoir vue et commentée, l’Exposition majuscule qu’il faut avoir
"faite".
Comme une harangue mondaine, comme une injonction médiatique,
l’exposition revient, sempiternellement, avec son lot de superlatifs et
d’interjections, événement collectif que nous devrions célébrer
unanimement, pauvres prêcheurs en mal de sacres.
L’exposition revient comme la mode, avec ses saisons et ses nouvelles
collections, rythmée par les solstices et les équinoxes. Il y eut
Renoir 2009 et Monet 2010, il y a aura Cézanne 2030 et Matisse 2031. Sur
ce podium muséal défilent des noms trèèèès "connus". Des personnalités munies d’un sésame, puis des personnes munies d’un
billet.
On glose, on rêve, on imagine. Puis, on repart avec le catalogue ; on se prend même à corner la page retenue et
le tableau préféré, histoire de revoir le tout au chaud et les pieds bien enveloppés de chaussettes en laine.
Cette exposition est devenue un événement, avec ses dates et son affiche qu'on reconnait entre toutes,
ses réservations improbables et sa ferveur.
On s’y presse et on s’y bouscule, joue des coudes,
heureux d’y rentrer (notamment après 1H30 d'attente dans le froid) puis d’en sortir, de s’extirper de la nécessité
qu’elle nous inflige. Impérative, l’exposition doit être vue et faite.
D’elle, on se souviendra de l’affluence, guère de
l’influence.
J'ai envie de dire même que cette exposition nous dit moins "Ce fut beau" que "J’y étais".
Pourtant en cherchant plus loin, cette exposition m'a permise de mettre des couleurs, des mots et des émotions. Il y a ce souvenir et cette inspiration.
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| Gas |
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| Nighthawks |
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| Chop Suey |
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| Pennsylvania |
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| House by the railroad |